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Enjeux & Urbanisme

Protéger une vallée sous pression

La vallée du Cens traverse l’une des zones d’expansion urbaine les plus dynamiques de l’agglomération nantaise. Dans ce territoire en mutation, préserver un corridor naturel de 23 kilomètres relève d’un équilibre fragile, constamment négocié entre les besoins de logement, les impératifs écologiques et les aspirations des habitants.

Le PLUm et l’Étoile Verte métropolitaine

Nantes Métropole prévoit d’accueillir 75 000 habitants supplémentaires d’ici 2030. Pour concilier cette croissance avec la préservation des espaces naturels, le Plan Local d’Urbanisme métropolitain (PLUm) intègre une approche dite de « Nature en Ville ».

Au cœur de ce dispositif, les vallées du Cens, de la Chézine et du Gesvres forment ensemble l’armature de l’« Étoile Verte » métropolitaine : un réseau de continuités écologiques qui irrigue l’agglomération depuis ses franges rurales jusqu’au cœur urbain. La vallée du Cens n’est donc pas un espace isolé : elle est une pièce maîtresse d’un système naturel à l’échelle de toute la métropole.

Pour orienter les constructeurs vers plus de sobriété foncière, le PLUm impose un Coefficient de Biotope par Surface (CBS) : chaque projet de construction doit intégrer une part minimale de surfaces perméables ou végétalisées. Un outil concret pour lutter contre l’imperméabilisation des sols.

Des protections réglementaires sur le terrain

Le PLUm traduit ces ambitions en protections concrètes dans le secteur de la vallée :

  • Espaces Boisés Classés (EBC) : plus de 30 000 m² classés sur le quartier, avec 18 nouvelles formations végétales identifiées pour rejoindre ce statut protecteur. Un espace boisé classé ne peut être défriché ou supprimé.
  • Espaces Paysagers à Protéger (EPP) : de nouveaux espaces sont en cours d’inscription, étendant la protection aux milieux ouverts, prairies et haies.
  • Zones humides : ces milieux essentiels bénéficient d’une protection renforcée, indispensable pour la gestion des crues et la biodiversité.
  • Hauteurs de construction limitées : R+1+C dans les secteurs pavillonnaires (10 m maximum), R+2+C sur les axes (13 m), R+6+C au Pont du Cens, pour préserver le caractère de quartier et les vues sur la vallée.

Le Plan Paysage et Patrimoine : une démarche citoyenne

Entre 2015 et 2019, la Ville de Nantes a conduit un Plan Paysage et Patrimoine (PPP) spécifiquement dédié au Val de Cens et au secteur Nantes Nord. Originalité de la démarche : les habitants ont été au cœur du processus, à travers des ateliers citoyens et la constitution d’un Atlas Paysager Sensible, un document qui recueille leurs ressentis, leurs souvenirs et leurs recommandations pour l’avenir du quartier.

Ce plan, inscrit dans le Projet Global Nantes Nord, repose sur trois objectifs complémentaires :

  1. Quartier parc : valoriser les singularités naturelles et géographiques de ce territoire, faire de la vallée une ressource partagée plutôt qu’un espace de passage.
  2. Quartier mosaïque : conforter les diversités urbaines, culturelles et patrimoniales qui font la richesse du secteur.
  3. Quartier balade : améliorer la variété et la qualité des parcours à pied ou à vélo, pour que chacun puisse s’approprier cet espace naturel.

25 actions concrètes

Le PPP s’est traduit par 25 actions nouvelles, parmi lesquelles :

  • Plantations d’arbres avenue Castellano et boulevard de la Chauvinière
  • Mise en valeur des entrées de vallée et signalétique écologique du Cens
  • Reconfiguration à long terme du Pont du Cens pour en faire une future place de quartier
  • Inscription de 5 éléments patrimoniaux au PLUm et inventaire des murs en pierre avec les habitants
  • Nouvelles liaisons piétonnes au PLUm et boucle de promenade autour de l’hippodrome
  • Trame noire : engagement à ne pas augmenter l’éclairage dans la vallée, pour préserver la faune nocturne

Les menaces qui pèsent sur la vallée

La pression urbaine s’exerce de plusieurs manières sur ce territoire fragile.

Une urbanisation difficile à maîtriser

La densification des quartiers alentours inquiète les habitants et les acteurs de terrain. L’extension de l’habitat pavillonnaire, la fragmentation du corridor écologique par les grandes infrastructures comme le boulevard périphérique, et l’imperméabilisation progressive des sols, qui aggrave le ruissellement lors des pluies, constituent des dynamiques de fond difficiles à inverser.

Le contournement d’Orvault et l’association OBBC

En 2019, un projet de contournement routier passant au-dessus de la vallée a mobilisé les riverains. L’OBBC (association créée pour l’occasion) s’est constituée en opposition à ce projet, dont l’impact sur les zones d’expansion des crues aurait été significatif. Le rapport technique de Nantes Métropole insistait lui-même sur l’importance de préserver ces espaces naturels face aux risques d’inondation. La vigilance sur ce type de projet reste nécessaire.

La pollution lumineuse

Le long du corridor écologique, lampadaires, éclairages d’infrastructure et lumières privées perturbent la faune nocturne : chauves-souris, insectes et autres espèces crépusculaires sont directement affectés. C’est pour répondre à cet enjeu que la trame noire a été intégrée au Plan Paysage, un principe qui engage à ne pas accroître l’éclairage dans la vallée.

Le changement climatique

Les étiages (périodes de basses eaux) deviennent de plus en plus sévères. La truite fario, espèce emblématique du Cens, est menacée par le réchauffement de l’eau : son seuil de létalité est atteint à 25°C, une température désormais possible lors des canicules estivales. À l’inverse, la vallée joue un rôle précieux d’îlot de fraîcheur pour les quartiers environnants, une fonction appelée à devenir encore plus cruciale dans les décennies à venir.

Pesticides et pollutions diffuses

La qualité de l’eau du Cens est menacée par des apports en pesticides et en polluants diffus, issus des usages agricoles et urbains du bassin versant. Ce risque est documenté dans le cadre de la Directive Cadre sur l’Eau (DCE), qui impose des objectifs de bon état écologique des masses d’eau.

Les réponses mobilisées

Face à ces enjeux, plusieurs dispositifs de protection et d’action sont à l’œuvre :

  • SAGE Estuaire de la Loire : schéma d’aménagement et de gestion des eaux, cadre réglementaire territorial
  • CT’Eau Erdre 2023-2025 : contrat territorial eau porté par Nantes Métropole, qui finance des actions concrètes de restauration
  • Programmes « Ma rue est un jardin » et « Ma rue est en fleur » : pour végétaliser l’espace public et sensibiliser les habitants à la biodiversité ordinaire
  • Dispositif « Place de village » : requalification de micro-espaces publics
  • Projet européen Urbinat : expérimentation de boucles vertes en milieu urbain

Agir ensemble pour la vallée

Face à la pression continue que subit la vallée du Cens, l’engagement citoyen fait la différence. Signaler une atteinte au milieu naturel, participer aux consultations publiques, soutenir les démarches participatives comme celles du Plan Paysage : chaque action compte.

L’association Autour du Cens est présente pour porter ces enjeux, interpeller les élus et les gestionnaires, et mobiliser les habitants autour d’une conviction simple : préserver la vallée, c’est préserver une ressource collective irremplaçable pour les générations à venir.