Découvrir la Vallée
Un corridor écologique exceptionnel
Un nom chargé d’histoire
Avant d’être le Cens, ce ruisseau s’appelait l’Aussance, ou plus exactement l’Auzance. Son nom plonge ses racines dans le latin médiéval : la forme ancienne Alis a évolué au fil des siècles en Aussance, puis Ozanz au XIIIe siècle, Aulxence, et enfin Auzance au XVIIe siècle. Le « Pont d’Ausance » est d’ailleurs mentionné dans des textes du XIIIe siècle, preuve que cette rivière était déjà un repère dans le paysage et les échanges de l’époque.
Le nom actuel est le fruit d’une confusion linguistique : en prononçant « l’Auzance » à voix haute, les oreilles médiévales ont entendu « au Cens ». Le mot a ainsi glissé vers cens, terme désignant une redevance féodale due au seigneur. Une rivière qui porte en elle, sans le vouloir, toute la mémoire du système économique de l’Ancien Régime.
Un ruisseau, quatre communes, mille visages
Le Cens prend sa source à Vigneux-de-Bretagne, au lieu-dit Beauregard, entre le Bois de la Noue et Bosse Billy, à une altitude de 77,5 mètres. Il descend ensuite sur toute la longueur de la vallée pour rejoindre l’Erdre à Nantes, au terme d’un dénivelé de 72,5 mètres, se jetant dans le fleuve par une zone marécageuse à seulement 5 mètres d’altitude.
Entre ces deux points, il traverse quatre communes (Vigneux-de-Bretagne, Sautron, Orvault et Nantes), dessinant une vallée d’une richesse naturelle et patrimoniale remarquable. La longueur exacte du cours varie légèrement selon les sources : les études locales retiennent généralement 23 kilomètres, d’autres mesures officielle citent 22 km. Ces écarts tiennent à la prise en compte ou non de certains tronçons amont et aval.
Dès Vigneux-de-Bretagne, le Cens traverse les 56 hectares du Golf de Nantes, avant de serpenter à travers la campagne bocagère de Sautron et les neuf kilomètres de vallée que compte Orvault. À Nantes, il franchit le Pont du Cens pour entrer dans la ville et marquer, jusqu’à son embouchure, une limite administrative entre les quartiers Nantes Nord sur sa rive gauche et les quartiers Breil-Barberie et Hauts-Pavés-Saint-Félix sur sa rive droite.
Avec un bassin versant de 32,2 km² mesuré à Orvault, le Cens et ses affluents irriguent un territoire qui mêle campagne bocagère et franges urbaines. Cette particularité en fait un espace rare : un véritable corridor écologique au coeur d’une métropole de 650 000 habitants.
Un régime capricieux : entre crues et assecs
La vallée du Cens vit au rythme de l’eau, et ce rythme est tout sauf régulier. Le Cens suit un régime pluvial océanique : ses débits dépendent presque entièrement des précipitations, sans la régularité que confèrent les sources karstiques ou la fonte des neiges. En hiver et au printemps, les pluies atlantiques gonflent le ruisseau, inondent les prairies et transforment la vallée en zone d’expansion de crue naturelle.
Mais l’été réserve une tout autre image. En période estivale, le Cens peut se réduire à un simple filet d’eau, voire s’assécher complètement par endroits. Ces assecs sont un phénomène naturel dans cette vallée, mais ils fragilisent également les écosystèmes aquatiques, notamment les populations de truites fario qui dépendent d’une eau fraîche et oxygénée en permanence.
Entre Orvault et Nantes, l’imperméabilisation croissante des sols urbains aggrave les contrastes : les eaux de pluie, au lieu de s’infiltrer, ruissellent rapidement vers le ruisseau, accentuant les pics de crue tout en réduisant la recharge des nappes. Le boulevard périphérique nantais, en fragmentant le corridor écologique, constitue un obstacle supplémentaire pour la faune qui cherche à circuler le long de la vallée.
Un paysage de bocage et de prairies
Descendre dans la vallée du Cens, c’est quitter la ville en quelques pas. Le paysage s’organise autour d’une mosaïque d’habitats naturels typiques de l’ouest de la France :
- Les prairies humides : inondées une partie de l’année, elles accueillent au printemps la floraison spectaculaire de la fritillaire pintade et des jonquilles sauvages. Ces prairies jouent un rôle crucial dans la régulation des crues et la filtration de l’eau.
- Les coteaux boisés : les versants de la vallée sont couverts de chênes, de hêtres et de châtaigniers, offrant refuge à une faune diversifiée.
- La ripisylve : le long du cours d’eau, une galerie d’aulnes, de saules et de frênes forme un rideau végétal qui stabilise les berges, filtre les pollutions et ombrage le ruisseau, maintenant une eau fraîche essentielle pour la truite fario.
- Le bocage : les haies champêtres qui quadrillent le paysage sont des corridors de déplacement pour la faune et participent à la beauté singulière de cette vallée.
Dans sa section la plus encaissée, entre le Pont du Cens et le Petit Port, la vallée révèle une morphologie saisissante : le profil se resserre, les versants se raidissent, et des falaises apparentes surgissent par endroits. La rivière y suit la direction armoricaine, sculptée par des millions d’années de géologie bretonne.
Un réseau de ruisseaux affluents
Le Cens ne coule pas seul. Il reçoit les eaux de nombreux affluents qui enrichissent son bassin versant et structurent les paysages de la vallée. Le ruisseau des Fontenils, affluent majeur, a fait l’objet de travaux de restauration pour améliorer la continuité écologique. Le ruisseau de la Patouillerie traverse le parc de la Gaudinière avec des aménagements de régulation des débits. Le ruisseau de la Rousselière, à Orvault, se situe au coeur d’enjeux importants de zones humides et de corridors écologiques.
D’autres ruisseaux complètent ce réseau : le Rupt, l’Hocmard, le Gué Rieux et l’Herbergement irriguent discrètement ce territoire, rappelant que la vallée du Cens est bien plus qu’un simple linéaire d’eau : c’est tout un système hydrographique vivant.
Une reconnaissance écologique officielle
La qualité écologique de la vallée du Cens n’est pas seulement une impression : elle est attestée par des classements officiels. Une partie de la vallée est classée ZNIEFF (Zone Naturelle d’Intérêt Écologique, Faunistique et Floristique), un inventaire scientifique qui identifie les espaces naturels les plus remarquables du territoire français.
Le Cens est également classé cours d’eau de première catégorie, c’est-à-dire un ruisseau à salmonidés, abritant des populations de truites fario. C’est un indicateur exigeant de la qualité de l’eau et du milieu : seuls les cours d’eau en bon état peuvent accueillir ces poissons sensibles.
Dans le Schéma Régional de Cohérence Écologique, la vallée du Cens est identifiée comme un maillon essentiel de la Trame Verte et Bleue (TVB), ce réseau de continuités écologiques qui permet à la faune et à la flore de circuler, se nourrir et se reproduire à l’échelle du territoire.
Sur le plan de la gouvernance de l’eau, le Cens s’inscrit dans un cadre administratif structuré : il est intégré au SAGE Estuaire de la Loire et coordonné par l’EDENN (syndicat du bassin versant de l’Erdre). Depuis 2023, il bénéficie également du CT’Eau Erdre 2023-2025, un contrat territorial porté par Nantes Métropole pour améliorer la qualité des cours d’eau du bassin.
Pourquoi cette vallée est-elle si précieuse ?
Au-delà de sa beauté, la vallée du Cens rend des services écologiques essentiels à la métropole nantaise :
- Régulation des inondations : les prairies humides et les zones d’expansion de crue absorbent les pics de précipitations et protègent les quartiers en aval.
- Purification de l’eau : les zones humides et la végétation des berges filtrent naturellement les polluants avant qu’ils n’atteignent l’Erdre puis la Loire.
- Îlot de fraîcheur : en période de canicule, la vallée boisée et humide offre des températures sensiblement inférieures à celles des quartiers urbanisés voisins, un atout qui prendra de plus en plus d’importance avec le changement climatique.
- Cadre de vie et santé : la proximité d’espaces naturels de qualité contribue au bien-être physique et mental des habitants. La vallée est un lieu de promenade, de contemplation et de ressourcement apprécié de milliers de Nantais.
Un territoire à arpenter
La vallée du Cens se découvre à pied, à vélo ou même en courant. De nombreux sentiers sillonnent ses coteaux et longent ses berges, offrant des panoramas variés au fil des saisons. Le printemps y est particulièrement spectaculaire, avec la floraison des fritillaires et des jonquilles, mais chaque saison révèle un visage différent de cette vallée attachante.
Que vous soyez riverain de longue date ou visiteur de passage, prenez le temps de descendre dans la vallée. Vous y trouverez un monde à part, un espace de calme et de nature à quelques minutes du centre-ville de Nantes.