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Biodiversité

Un réservoir de vie

Un patrimoine vivant exceptionnel

La vallée du Cens est bien plus qu’un simple ruisseau bordé d’arbres. C’est un véritable réservoir de biodiversité, reconnu en partie comme Zone Naturelle d’Intérêt Écologique, Faunistique et Floristique (ZNIEFF). Ce classement scientifique témoigne de la présence d’espèces rares et d’habitats naturels remarquables qui méritent une attention particulière.

Dans un contexte métropolitain où la pression urbaine est forte, la vallée du Cens constitue un refuge irremplaçable pour une faune et une flore qui ont besoin d’espaces préservés, connectés entre eux, pour survivre et prospérer.

La faune : des espèces emblématiques

La loutre d’Europe

C’est sans doute l’habitante la plus prestigieuse de la vallée. La loutre d’Europe (Lutra lutra), espèce strictement protégée, est en cours de recolonisation du bassin versant du Cens. Après avoir quasiment disparu de l’ouest de la France dans les années 1980 en raison de la pollution des cours d’eau et de la destruction de ses habitats, elle revient progressivement.

Sa présence est un indicateur fort de la qualité du milieu : la loutre a besoin d’une eau propre, de berges végétalisées pour s’abriter et d’une population de poissons suffisante pour se nourrir. La repérer est difficile, car elle est surtout nocturne, mais ses épreintes (crottes) déposées sur les rochers sont le signe de son passage.

Le castor d’Europe

Bonne nouvelle pour la vallée : le castor d’Europe (Castor fiber) est de retour depuis 2022 ! Cette espèce avait disparu de toute la région au XIXe siècle, victime de la chasse intensive et de la destruction de ses habitats. Sa recolonisation progressive depuis l’Erdre témoigne de la restauration en cours de la qualité écologique du bassin versant.

Véritable ingénieur de l’écosystème, le castor crée des barrages qui forment des mares et des zones humides, bénéficiant à des dizaines d’autres espèces. Sa présence dans la vallée du Cens est une actualité remarquable, preuve que les efforts de préservation portent leurs fruits.

Le campagnol amphibie

Moins spectaculaire mais tout aussi significatif, le campagnol amphibie (Arvicola amphibius) est une espèce quasi-menacée en France. Ce rongeur semi-aquatique fréquente les berges végétalisées et constitue une proie importante pour la loutre. Sa présence est un indicateur fiable de la continuité et de la qualité des habitats rivulaires.

Le martin-pêcheur

Éclat de bleu et d’orange filant au ras de l’eau, le martin-pêcheur (Alcedo atthis) est l’un des oiseaux les plus spectaculaires de la vallée. Il niche dans les berges argileuses où il creuse un terrier horizontal. Pour pêcher, il a besoin d’une eau claire et de perchoirs surplombant le courant. Sa présence est un indice précieux de la bonne santé du cours d’eau.

Les oiseaux des prairies

Les prairies humides de la vallée sont des sites de nidification pour des oiseaux de plus en plus rares. L’alouette des champs, dont les populations ont diminué de 50 % en trente ans en France, niche au sol dans les prairies non fauchées précocement. Le tarier des prés et le bruant des roseaux affectionnent les lisières humides et les zones d’ourlet.

Ces espèces souffrent directement de la disparition des prairies permanentes et des pratiques de fauche intensive. La gestion conservatoire pratiquée dans la vallée (fauche tardive, maintien des espaces ouverts) leur est directement favorable.

Les poissons

Le Cens est classé cours d’eau de première catégorie, ce qui signifie qu’il abrite des populations de truite fario (Salmo trutta fario), un poisson exigeant qui réclame une eau fraîche, bien oxygénée et peu polluée. On y trouve également le brochet, l’anguille (espèce en danger critique au niveau européen), le chabot (Cottus gobio) et la lamproie de Planer (Lampetra planeri), deux espèces d’intérêt communautaire protégées par la directive européenne Habitats. Le saumon atlantique pourrait potentiellement recoloniser le cours d’eau si les obstacles à la continuité écologique sont levés.

Les reptiles et amphibiens

Le lézard vert (Lacerta bilineata) fréquente les lisières ensoleillées et les murets de pierre, tandis que le triton marbré (Triturus marmoratus), avec sa crête dentelée et sa robe vert et noir, se reproduit dans les mares et fossés de la vallée au printemps. La grenouille agile et la rainette verte complètent ce tableau, témoignant de la diversité des micro-habitats offerts par la vallée.

Les insectes remarquables

L’agrion de Mercure (Coenagrion mercuriale), une petite libellule d’un bleu éclatant, est une espèce protégée au niveau européen. Elle vit exclusivement le long des petits cours d’eau bien végétalisés et ensoleillés, et sa présence dans la vallée du Cens confirme l’intérêt écologique majeur de ce corridor.

Les prairies et lisières abritent également une diversité remarquable de pollinisateurs sauvages en déclin : abeilles solitaires des genres Bombus, Andrena et Osmia, papillons, syrphes. Ces insectes trouvent dans la vallée un refuge de nectar et de pollen irremplaçable.

La flore : des trésors botaniques

La fritillaire pintade

C’est la star botanique de la vallée. La fritillaire pintade (Fritillaria meleagris), ou “œuf de pintade”, est une plante protégée en Loire-Atlantique. Ses fleurs en clochettes pourpres à damier blanc apparaissent en mars-avril dans les prairies humides de la vallée. Ce spectacle printanier attire chaque année des visiteurs et des photographes. La fritillaire est une plante indicatrice des prairies alluviales non labourées depuis des décennies, un habitat devenu très rare.

Les jonquilles sauvages

Avant même les fritillaires, les jonquilles sauvages (Narcissus pseudonarcissus) tapissent les sous-bois et les lisières de leurs fleurs jaune pâle dès la fin de l’hiver. Elles forment parfois des tapis spectaculaires qui illuminent les versants encore dénudés de la vallée.

La dorine à feuilles opposées

La dorine à feuilles opposées (Chrysosplenium oppositifolium) est une petite plante discrète qui forme des tapis verts et dorés au bord des suintements et des sources. Elle signale la présence d’eau de bonne qualité et contribue au charme des recoins les plus humides de la vallée.

La lathrée clandestine

Au pied des aulnes et des saules, la lathrée clandestine (Lathraea clandestina) déploie ses fleurs violettes spectaculaires au début du printemps. Cette plante parasitaire ne possède ni feuilles ni chlorophylle : elle puise ses nutriments directement dans les racines des arbres qui l’accueillent. Un exemple fascinant des stratégies de survie du monde végétal.

La végétation des berges : la ripisylve

Le long du Cens, une ripisylve (forêt riveraine) compose un écran végétal essentiel. Les aulnes glutineux, les saules et les frênes y dominent. Cette galerie boisée remplit des fonctions écologiques multiples :

  • Ombrage : en maintenant l’eau fraîche, elle permet la survie de la truite et des invertébrés aquatiques sensibles à la chaleur.
  • Stabilisation des berges : le réseau racinaire des arbres fixe les sols et limite l’érosion.
  • Filtration : la ripisylve intercepte une partie des polluants d’origine agricole ou urbaine avant qu’ils n’atteignent le cours d’eau.
  • Habitat : elle abrite une multitude d’espèces, du martin-pêcheur nichant dans les berges aux chauves-souris chassant le long des corridors boisés.

Les chauves-souris : sentinelles de la nuit

La ripisylve et les coteaux boisés constituent un terrain de chasse idéal pour les chauves-souris. Parmi les espèces à enjeux présentes dans la vallée, on compte le Grand rhinolophe (Rhinolophus ferrumequinum) et la Barbastelle (Barbastella barbastellus), deux espèces protégées particulièrement sensibles à la fragmentation des habitats et à la pollution lumineuse.

C’est l’une des raisons pour lesquelles la vallée du Cens est intégrée à la trame noire de Nantes Métropole : maintenir des corridors nocturnes sans éclairage artificiel est une condition de la survie de ces animaux, dont le rôle dans la régulation des insectes est fondamental.

Les prairies : un écosystème à part entière

Les prairies humides de la vallée du Cens sont bien plus que de simples espaces verts. Ce sont des milieux d’une richesse biologique exceptionnelle, malheureusement en forte régression dans toute la France.

Un milieu en danger

Depuis 1960, la France a perdu près de 3 millions d’hectares de prairies permanentes, soit une disparition de 60 % de leur surface en moins de 50 ans. Drainées, labourées ou urbanisées, les prairies sont devenues l’un des habitats les plus menacés. Celles qui subsistent dans la vallée du Cens ont une valeur inestimable, d’autant qu’elles n’ont pas été labourées depuis plusieurs décennies, ce qui explique la présence de la fritillaire pintade.

La vie cachée du sol

Sous les prairies, une vie foisonnante se déroule à l’abri des regards. Une prairie en bonne santé abrite jusqu’à 260 millions d’individus au mètre carré et une biomasse animale de 1,5 tonne par hectare : vers de terre, collemboles, acariens, larves d’insectes, champignons. Ce monde souterrain est indispensable : il décompose la matière organique, aère les sols et les rend perméables, contribuant directement à la régulation des crues.

Des services écologiques essentiels

Les prairies humides rendent des services concrets à l’ensemble du territoire :

  • Stockage de carbone : entre 500 et 1 200 kg de CO₂ séquestrés par hectare et par an.
  • Régulation des crues : elles absorbent les débordements du Cens et les restituent progressivement.
  • Qualité de l’eau : elles filtrent nitrates et phosphates avant qu’ils n’atteignent la rivière.
  • Biodiversité : elles hébergent une flore spécialisée (fritillaires, lychnis, cardamine des prés) et les espèces animales qui en dépendent.

Observer pour protéger : les sciences participatives

Des protocoles scientifiques participatifs sont déployés dans la vallée pour mieux connaître ces milieux. Florilège et Propage (Muséum National d’Histoire Naturelle) permettent à tout observateur de contribuer aux inventaires de la flore prairiale et des pollinisateurs. Vos observations de balade ont une valeur scientifique réelle.

Les espèces invasives : un défi permanent

La vallée du Cens n’est pas épargnée par les espèces exotiques envahissantes, un problème majeur pour la biodiversité partout en France.

La renouée du Japon

La renouée du Japon (Reynoutria japonica) est sans doute l’espèce invasive la plus problématique. Cette plante originaire d’Asie forme des massifs denses et impénétrables qui étouffent la végétation locale. Ses rhizomes (racines souterraines) sont extrêmement résistants et rendent l’éradication quasi impossible. La gestion consiste à contenir sa progression par des fauches répétées et à éviter de transporter de la terre contaminée.

La jussie (Ludwigia)

La jussie (Ludwigia grandiflora), ou primevère d’eau, envahit les zones humides et les cours d’eau lents. Elle forme des tapis flottants denses qui privent le milieu aquatique de lumière et d’oxygène, menaçant la faune et la flore locales.

Le ragondin et l’écrevisse de Louisiane

Côté faune, le ragondin (Myocastor coypus), gros rongeur sud-américain, déstabilise les berges par ses terriers et consomme la végétation aquatique. L’écrevisse de Louisiane (Procambarus clarkii) bouleverse les équilibres des écosystèmes aquatiques en concurrençant les espèces locales et en creusant les berges.

Agir pour la biodiversité

La préservation de cette biodiversité est l’affaire de tous. En respectant les sentiers, en gardant les chiens en laisse, en signalant les observations d’espèces remarquables ou invasives, chaque promeneur contribue à la protection de ce patrimoine vivant.

L’association Autour du Cens organise régulièrement des sorties nature, des chantiers de gestion des espèces invasives et des comptages participatifs. En rejoignant nos actions ou en participant aux protocoles Florilège et Propage, vous devenez acteur de la connaissance et de la préservation de cette vallée.