Bonnes Pratiques
Préservons ensemble
Une charte pour la vallée
La vallée du Cens est un espace naturel fragile au coeur de la métropole nantaise. Sa préservation dépend du comportement de chacun de ses visiteurs. Cette charte des bonnes pratiques n’est pas un règlement contraignant : c’est une invitation à comprendre pourquoi certains gestes simples font toute la différence pour la faune, la flore et les équilibres écologiques de la vallée.
Restez sur les sentiers balisés
La règle : empruntez uniquement les chemins et sentiers aménagés. Ne créez pas de raccourcis à travers les prairies ou les sous-bois.
Pourquoi c’est important : les prairies humides de la vallée abritent des espèces protégées comme la fritillaire pintade, dont les bulbes sont enfouis sous la surface. Chaque passage hors sentier tasse le sol, écrase les plantes et perturbe les micro-habitats des insectes et des amphibiens. Le piétinement répété crée des sentes qui canalisent l’eau de pluie et provoquent de l’érosion. En restant sur les sentiers, vous protégez des écosystèmes qui ont mis des décennies à se constituer.
Tenez les chiens en laisse
La règle : dans toute la vallée, les chiens doivent être tenus en laisse, quelle que soit leur taille ou leur caractère.
Pourquoi c’est important : même le chien le plus docile peut, par instinct, poursuivre un lézard vert, déranger un nid de martin-pêcheur au ras du sol ou effrayer une loutre. En période de nidification (mars à juillet), le simple passage d’un chien en liberté peut provoquer l’abandon d’un nid par les parents, condamnant les oeufs ou les poussins. Les déjections canines enrichissent aussi les sols en nutriments, ce qui favorise les plantes banales au détriment des espèces rares adaptées aux sols pauvres, comme la fritillaire.
Respectez la période sensible (novembre à avril)
La règle : soyez particulièrement vigilants entre novembre et avril. Évitez les zones humides et les berges en dehors des sentiers aménagés.
Pourquoi c’est important : cette période couvre les moments les plus critiques pour la vie de la vallée. En hiver, les prairies inondées servent de frayères (lieux de reproduction) pour le brochet et d’aires de repos pour les oiseaux migrateurs. Le début du printemps est la saison de reproduction de la plupart des espèces : les amphibiens (tritons, grenouilles) rejoignent les mares, les oiseaux nichent, les plantes printanières émergent. Toute perturbation à cette période peut avoir des conséquences disproportionnées sur le succès de reproduction de populations fragiles.
Ne nourrissez pas les animaux sauvages
La règle : ne donnez pas de nourriture aux oiseaux, aux canards, aux ragondins ou à tout autre animal sauvage.
Pourquoi c’est important : nourrir les animaux sauvages semble un geste bienveillant, mais c’est en réalité néfaste. Le pain, en particulier, est mauvais pour la santé des oiseaux aquatiques (carence nutritionnelle, développement de maladies). L’alimentation artificielle concentre les animaux en un point, favorisant la transmission de maladies et les conflits. Elle encourage aussi la prolifération d’espèces invasives comme le ragondin, qui déstabilise les berges et consomme la végétation aquatique. Enfin, les restes de nourriture attirent les rats et dégradent la qualité de l’eau.
Respectez la flore : ne cueillez que ce que vous identifiez avec certitude
La règle : abstenez-vous de cueillir toute plante que vous ne pouvez pas identifier formellement. La cueillette des espèces protégées est un délit.
Pourquoi c’est important : certaines espèces présentes dans la vallée sont protégées par la loi, comme la fritillaire pintade, dont la cueillette est passible d’amende. Mais la vraie recommandation est plus large : si vous n’êtes pas capable d’identifier une plante avec certitude, ne la cueillez pas. Les berges du Cens abritent des espèces qui ressemblent à s’y méprendre à des plantes comestibles mais sont en réalité extrêmement toxiques. L’oenanthe safranée (Oenanthe crocata), très commune le long de la rivière, est l’une des plantes les plus dangereuses de France : elle peut être confondue avec du persil ou du céleri sauvage, et son ingestion peut être mortelle. Pour les plantes que vous reconnaissez et qui ne sont pas protégées, la cueillette raisonnée reste possible, mais gardez à l’esprit que chaque fleur cueillie est une fleur en moins pour les pollinisateurs et une graine en moins pour la population locale.
Remportez vos déchets
La règle : ne laissez aucun déchet dans la vallée. Si vous pique-niquez, remportez tous vos emballages, y compris les biodégradables (épluchures, trognons de pomme).
Pourquoi c’est important : un mégot de cigarette met jusqu’à 12 ans à se décomposer et contient des métaux lourds qui contaminent l’eau. Un sac plastique peut être ingéré par la faune et provoquer des occlusions intestinales mortelles. Même les déchets dits “naturels” comme les peaux de banane ou les trognons mettent plusieurs mois à se décomposer et perturbent les sols fragiles des milieux naturels. L’accumulation de déchets dégrade aussi le paysage et l’expérience de promenade pour tous.
Signalez vos observations
La règle : si vous observez une espèce remarquable (loutre, martin-pêcheur, fritillaire…) ou un problème (pollution, dépôt sauvage, espèce invasive), signalez-le.
Pourquoi c’est important : les sciences participatives sont un outil précieux pour le suivi de la biodiversité. Vos observations, même celles qui vous semblent banales, contribuent à une meilleure connaissance de l’état de la vallée et peuvent déclencher des actions de protection ou de restauration. Vous pouvez signaler vos observations à l’association Autour du Cens, à la LPO Loire-Atlantique ou via les plateformes de sciences participatives comme Faune-Loire-Atlantique.
N’entravez pas le cours de la rivière
La règle : ne construisez pas de barrages, de digues ou d’obstacles dans le lit du Cens, même de façon temporaire avec des pierres ou des branches.
Pourquoi c’est important : un barrage de pierres, même petit, modifie profondément le fonctionnement de la rivière. En amont, il crée une zone d’eau stagnante qui se réchauffe davantage et s’appauvrit en oxygène, dégradant les conditions de vie des poissons et des invertébrés aquatiques (larves d’éphémères, plécoptères, coléoptères) qui ont besoin d’une eau courante et oxygénée. En aval, le débit diminue, les sédiments s’accumulent et la morphologie naturelle du lit est perturbée.
Ces obstacles entravent aussi les déplacements des poissons migrateurs (brochets, anguilles, lamproies) qui remontent le cours d’eau pour se reproduire. Enfin, les matières organiques piégées derrière la digue se décomposent et dégradent la qualité de l’eau pour tous les organismes vivants en aval, y compris bien en dehors de la vallée.
Ce qui semble être un jeu innocent pour les enfants peut laisser des traces durables sur un écosystème aquatique qui met des mois à retrouver son équilibre.
En résumé
Ces quelques règles de bon sens ont un point commun : elles respectent le rythme et les besoins du vivant. La vallée du Cens n’est pas un parc d’attractions, c’est un espace que nous partageons avec des centaines d’espèces animales et végétales. En adoptant ces bonnes pratiques, vous contribuez activement à la préservation de ce patrimoine naturel exceptionnel, pour vous-mêmes et pour les générations futures.
La beauté de la vallée du Cens est à la mesure du respect que nous lui portons.